Le mot de la fin : Requiem pour le Magic que l’on a aimé

C’est une question que je reçois souvent par mail ces derniers temps : « Est-ce que tu vas reprendre la rédaction des articles ? »

Il est temps pour moi de dévoiler ma main et de vous donner une réponse définitive. La réponse est non. Et je crois que vous méritiez de savoir pourquoi, à travers ce qui sera le tout dernier article de magic-casual.fr.

À ce jeu avec lequel j’ai grandi…

Pour moi, Magic a été bien plus qu’un simple passe-temps. J’ai grandi avec ce jeu : il a forgé mes amitiés, animé mes soirées et m’a appris à encaisser l’échec, à canaliser ma colère, mais aussi et surtout à comprendre que la chance, ça se provoque.

Si j’ai créé ce site, c’était pour mettre en avant ce qui, à mes yeux, faisait l’essence même de ce jeu : le deckbuilding sur un coin de la table de la cuisine, et l’art de faire des compromis. J’aimais fouiller dans des boîtes à chaussures pour dénicher cette carte obscure, bizarre, à 10 centimes qui, par miracle, allait faire tourner le deck (avec une mécanique souvent bancale, certes). J’aimais l’équilibre fragile de ces decks où il fallait faire des choix difficiles et accepter de ne pas avoir réponse à tout.

Et puis, il y avait le lore. Un univers riche, sombre, cohérent. Dominaria, Mirrodin, Ravnica… Magic était une fenêtre ouverte sur de la high fantasy authentique. Chaque carte racontait un bout d’histoire, chaque illustration nous plongeait dans un multivers qui avait sa propre identité, sa propre âme.

Qui se souvient du trailer de War of the Spark ? On n’aura plus de moments comme ça.

Lettre ouverte à Hasbro (et à ce que le jeu est devenu)

Si je raccroche les gants aujourd’hui, c’est parce que le jeu que j’aimais n’existe plus.

Hasbro, vous avez transformé une œuvre de game design magistrale en une simple vitrine publicitaire, un supermarché de la pop-culture. Magic est devenu un Fortnite version papier. Avec les Universes Beyond, voir Gandalf attaquer Optimus Prime pendant que le Docteur Who lance un sort sur un personnage de The Walking Dead n’a plus rien à voir avec le jeu qui me faisait rêver. L’immersion a été sacrifiée sur l’autel du crossover lucratif.

À cela s’ajoute un rythme de sortie devenu littéralement infernal. Sérieusement. Il est devenu impossible de suivre l’actualité du jeu sans que cela ne devienne un second travail. Les « spoilers season » ne s’arrêtent jamais, elles n’ont ni début ni fin, un joueur du dimanche comme moi ne peut plus vous suivre aujourd’hui (alors que devrait dire le créateur du dimanche !).

Et puis, il y a le power creep. Aujourd’hui, les cartes font tout : elles sont une menace, elles font piocher, elles se protègent elles-mêmes, elles ont un impact direct et très (trop) tôt dans la partie. Tout est prémâché pour être explosif immédiatement. Le jeu casual, celui où l’on prenait le temps de construire sa stratégie sur plusieurs tours, s’est fait écraser par ce rouleau compresseur de rentabilité.

Je comprends bien pourquoi : cette stratégie fonctionne financièrement (pour l’instant), et Hasbro ne fera jamais demi-tour. Mais moi, à mon échelle, j’ai le droit de ne pas encourager ça.

Merci à vous, les joueurs

Si Magic est tombé dans les travers du profit à tout prix, ce n’est pas le cas de sa communauté historique.

À vous qui m’avez lu, qui avez commenté, partagé vos listes de decks improbables et vos idées (parfois) lumineuses : un immense merci. C’est vous qui avez fait vivre ce jeu pendant toutes ces années. L’âme de Magic n’a jamais été dans les bureaux de Hasbro, elle était sur nos tables de salon, dans nos classeurs d’échanges et dans ces fous rires quand un combo ridicule finissait enfin par fonctionner (ou pas, ça faisait rire quand-même !)

Le site magic-casual.fr va rester en ligne aussi longtemps que je pourrais le maintenir, comme une petite capsule temporelle. Voyez ça comme une archive d’une époque où l’on jouait pour le plaisir de la découverte, du lore et du partage.

Je vous souhaite d’excellentes parties, peu importe comment vous choisissez de jouer. Gardez cet esprit casual vivant à vos tables.

Merci pour tout. Fin de tour.